- Guillaume Lebrun
- date de publication : janvier 2025
- éditeur : Christian Bourgois
- Littérature
Dans ce roman, l’auteur répond par le choix de son sujet et par une écriture d’un flamboyant classicisme à cette injonction épistolaire de Rimbaud : « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. » En effet, comment ne pas y reconnaître son héros, Héliogabale, dans ses extravagances de débauches, de cruautés et de dévotions au Dieu solaire ? L’action se situe à Rome au IIIe siècle. Après des trucidages (trucidationes) obligés, les matrones princières (mère et grand-mère) Julia, originaires de Syrie, imposent sur le trône Varius Avitus Bassianus, soi-disant bâtard de Caraccalla, une manière de le légitimer. Il est bientôt surnommé Héliogabale en adorateur de la roche noire sacrée qu’il transportera en grandes pompes jusqu’à son palais romain. Se succèdent les visions de la grande vestale Aquilia, puis d’un esclave, enfin de l’empereur devenu femme. On assiste ainsi aux turpitudes de cette cour dévergondée autour de ce tyran des sens, transgenre et féministe avant l’heure, chantre des plaisirs en tous genres, dont le dévoilement lyrique de ces témoignages suit les mouvements ensorcelants d’une muleta textuelle jusqu’à sa précoce mise à mort ! Recettes antiques et citations latines graveleuses (traduites) ajoutent à la saveur exotique de ce Cœur supplicié. Gageons que le lecteur souffrira cordialement ces délices sinon « Abite pedicatum ! » – ne serait-ce que pour en découvrir la traduction…