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Personne ne demandera rien
Serhiy Jadan
- date de publication : février 2026
- éditeur : Noir sur Blanc
- Littérature
Cette forme littéraire prend, d’une certaine façon, un tour ironique : nul n’ignore plus cette agression de l’impérialisme russe sur l’état ukrainien sous des prétextes accusateurs qui désignent en fait l’agresseur : qui se conduit en nazi ? Qui dispense la terreur, sème la mort et réduit villes et villages en ruines ? Qui nie la singularité culturelle et même l’existence d’un peuple héroïque ? Ces petites histoires restituent le quotidien des habitants de Kharkiv au commencement de la guerre : la fuite de la population, les souffrances des pauvres gens qui n’ont pas de lieu de refuge, les vieillards obstinés résolus à mourir « chez eux ». Ici, ni lyrisme patriotique, ni pathos compassionnel, que des faits bruts contés au présent et des dialogues pris sur le vif. Un soldat de retour du front revient à la vie civile non sans effets : « Il a trouvé un jean, un tee-shirt, des baskets. Il devrait se sentir bien et en sécurité dans ses vieux vêtements. Au lieu de cela, il a l’impression de porter les habits d’un mort. » La confusion des sentiments (sensations et pensées d’une famille en deuil) nous laisse dans l’expectative : « Et chacun se dresse, regarde le visage jaune du mort, respire l’air où la cire fondue sent les manteaux militaires humides, pense au soleil dans la cour, derrière le mur, à l’herbe sèche, aux rails du tram vide, réfléchit et ne comprend rien au sujet de la miséricorde et de la mémoire. » le rôle du lecteur ne revient-il pas à leur prêter une voix ?