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Notre lecture

Mon mari

Dès la première page et fort des suivantes, devant les déclarations de la narratrice en forme de profession de foi, on reste pantois : « Je pense à mon mari tout le temps, je voudrais lui envoyer un message, je m’imagine lui dire que je l’aime tous les matins, je rêve que nous fassions l’amour tous les soirs. » Peut-on parler de midinette ? Elle a quarante ans, deux enfants auxquels elle ne paraît guère attachée, enseigne l’anglais « avec conviction » dans un lycée à mi-temps pour mener à bien son autre travail de traductrice et « vit dans la plus belle maison du quartier ». On ignore les prénoms et nom de Je et mon mari, ressassés à l’envie comme un prurit dont est prise d’ailleurs la narratrice quand elle cherche à s’endormir. Si elle est issue d’un milieu populaire, lui vient d’une famille bourgeoise, cadre supérieur dans la finance. On se demande alors pourquoi elle nourrit autant de fantasmes dans la crainte qu’une si belle idylle s’interrompe ? Elle est animée par un fort besoin de reconnaissance…  Des phrases courtes, sèches, tranchantes servent à l’efficacité d’une narration en machine infernale. Le récit se décline suivant les jours de la semaine ; chacun correspond à une couleur et s’enferme dans des rituels immuables –  banals ou fantasques  : « le jeudi jaune », par exemple, après les cours, en fin d’après-midi, elle rencontre un amant dans un hôtel, ou « le mercredi est une journée orange, comme la clémentine », ce fruit fait allusion à la vision que son mari livre d’elle-même lors d’un jeu entre amis et qu’elle ne digère pas. D’autres anicroches surviennent et s’accumulent, assorties de « punitions » anodines qui laissent le mari sans réaction. Entre eux, tout se passe dans un non-dit si pesant que l’on craint le pire à venir. Pour qui attend avec soulagement la fin de semaine, vous serez surpris par l’épilogue aussi inattendu que malin.